#INFORMATIQUE 26/10/2026

Premier site web : à quoi ressemblait le Web en 1991 ?

Avatar de Rémy Rémy K.

Vous tapez une adresse dans la barre de votre navigateur, une page s'affiche, vous cliquez sur un mot souligné et une autre page prend sa place. Quelque part sur les serveurs du CERN, à Genève, une page vieille de plus de trente ans fait encore la même chose : du texte noir sur fond blanc, une poignée de liens, pas une seule image. C'est le premier site web du monde, ou plus justement sa plus ancienne copie connue, que le CERN a remise en ligne après des années hors service.

 

Une machine dans un bureau, et une étiquette à l'encre rouge

Tout se passe au CERN, le laboratoire européen de physique des particules installé sur la frontière franco-suisse, près de Genève. Tim Berners-Lee, un informaticien britannique qui y travaille, rédige en mars 1989 une première proposition pour aider les chercheurs à partager leurs documents. En novembre 1990, avec l'ingénieur belge Robert Cailliau, il en fait une proposition formelle à la direction du laboratoire.

Quelques semaines plus tard, tout est en place. À Noël 1990, Berners-Lee avait défini les trois briques du Web, d'après la chronologie du laboratoire :

• Le HTML. Le format dans lequel une page est écrite, avec ses titres, ses paragraphes et ses liens.

• Le HTTP. La façon dont la page circule entre le serveur qui la garde et le navigateur qui la demande.

• L'URL. L'adresse à laquelle on la trouve, celle que vous tapez ou que vous copiez dans un message.

Il avait aussi écrit le premier navigateur et le premier serveur. Ce serveur était un ordinateur NeXT posé dans son bureau. Sa première adresse, nxoc01.cern.ch, a ensuite reçu l'alias info.cern.ch, le nom qu'elle a gardé.

Un serveur, c'est un ordinateur qui reste allumé pour répondre aux autres. Sur celui-là, une étiquette écrite à la main, à l'encre rouge, prévenait les collègues : "This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!!" ("Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !!"). À ce moment-là, l'ensemble du Web tenait sur cet ordinateur, à portée d'une prise.

 

Ce qu'on lisait sur la page

La page d'accueil, dans la copie de fin 1992 que le CERN a remise en ligne, s'intitule "The World Wide Web project". Elle s'ouvre sur une phrase de présentation : le Web y est décrit comme "une initiative de recherche d'information hypermédia à travers les réseaux, visant à donner un accès universel à un large univers de documents". Hypermédia désigne des documents reliés entre eux par des liens, quel que soit leur contenu. Dessous, une série de liens, parmi lesquels : résumé du projet, listes de diffusion, foire aux questions, "What's out there?" (ce qu'on trouve déjà en ligne), aide, logiciels, détails techniques, bibliographie, personnes, historique, "How can I help" et la façon de récupérer le code.

Le site parle donc du Web lui-même. La page renvoyait, explique le CERN, à une description de l'hypertexte (la même idée, appliquée au texte : certains mots conduisent à d'autres pages), aux détails techniques pour monter son propre serveur, et aux autres serveurs à mesure qu'ils apparaissaient. Il n'y avait pas de moteur de recherche. On cherchait par mots-clés dans ce que le serveur connaissait.

Le premier site ressemble à une lettre, la seule, déposée dans une boîte aux lettres plantée au bout d'un chemin. Cette lettre explique ce qu'est une boîte aux lettres, comment en fabriquer une et où l'accrocher pour que le facteur la trouve. Une des pages du site promet ainsi que "créer un web est aussi simple qu'écrire quelques fichiers SGML qui pointent vers vos données existantes" (le SGML est un format de texte à balises), et une autre s'appelle "How to put your data on the web", comment mettre vos données sur le Web. Le mode d'emploi des liens tient en une ligne : pour en suivre un, le lecteur clique avec la souris, ou tape un numéro s'il n'en a pas.

 

1990, 1991 ou 1992 : pourquoi les dates se mélangent

On lit un peu partout que le premier site date de 1991. Le serveur, lui, tournait déjà à la fin de 1990, mais à cette date, il fallait en pratique un NeXT pour afficher ses pages, la seule machine sur laquelle fonctionnait le premier navigateur, baptisé WorldWideWeb. 1991 est l'année où le Web sort du bureau. En mars 1991, un navigateur en "mode ligne", qui n'affiche que du texte, est mis à disposition des utilisateurs des ordinateurs centraux du CERN, et le 6 août 1991, Berners-Lee annonce le projet sur alt.hypertext, un forum de passionnés d'hypertexte. Son message est toujours en ligne. Il y prévient que le code est "très prototype", mais disponible, et invite ceux que ça intéresse à lui écrire.

Et 1992 ? C'est la date de la page qu'on peut lire aujourd'hui. L'original de 1990 n'est plus servi. La version visible est une copie des pages datée de 1992. En 2013, le CERN a lancé un projet de restauration à l'adresse d'origine, info.cern.ch, et Dan Noyes, responsable web du groupe communication, écrivait alors qu'il s'agissait peut-être de la plus ancienne copie trouvable, et que la recherche de versions antérieures continuait.

Dernière confusion, plus répandue encore : Berners-Lee n'a pas inventé Internet. Comme il l'a écrit lui-même, Internet existait déjà depuis une quinzaine d'années quand il a inventé le Web. Internet, c'est le réseau de réseaux, des ordinateurs et des câbles, sur lequel le courrier électronique circulait depuis longtemps. Le Web est venu se poser par-dessus, avec ses pages, ses adresses et ses liens.

 

1993 : le CERN donne le logiciel

Le 30 avril 1993, le CERN publie une déclaration qui verse dans le domaine public les trois composants du logiciel du Web : le navigateur en mode ligne, le serveur et la bibliothèque de code commune. Le texte renonce à tous les droits de propriété intellectuelle sur ce code et autorise quiconque à l'utiliser, le copier, le modifier et le redistribuer.

L'effet se lit dans les chiffres de l'époque. Fin 1993, le CERN recensait plus de 500 serveurs web connus, et le Web représentait 1 % du trafic d'Internet.

Fin 1994, le CERN annonce que la version suivante du logiciel sortira sous une licence open source. Il garde cette fois le droit d'auteur, mais chacun peut toujours l'utiliser et la modifier librement.

Vous pouvez d'ailleurs voir à quoi ça ressemblait. Le CERN a mis en ligne en 2013 un simulateur du navigateur en mode ligne, qui n'affichait que du texte et où la souris ne servait à rien. En 2019, des développeurs réunis au CERN ont reconstruit le navigateur WorldWideWeb d'origine à l'intérieur d'un navigateur moderne. Les deux s'ouvrent dans celui que vous utilisez en ce moment, sans rien installer.

 

Ce qu'un site n'a pas cessé d'être

Entre cette page de 1992 et un site de 2026, beaucoup de choses se sont ajoutées, des images, des vidéos, des animations, des scripts. Ce qui fait qu'un site est un site se lisait pourtant déjà sur la page du CERN : une adresse qu'on peut donner à quelqu'un, des pages, et des liens pour passer de l'une à l'autre. Ce sont les trois briques de Noël 1990, l'URL, le HTML et le HTTP, vues du côté du lecteur.

Vous avez un atelier, un cabinet, une boutique ou une activité à votre compte, et votre présence en ligne tient sur une page Facebook, ou sur un site vieux de dix ans que vous n'osez plus toucher. La question qui se pose est la même qu'en 1990, celle de mettre vos informations à une adresse où les gens les trouvent. C'est ce que nous faisons pour les indépendants et les petites entreprises de la Pévèle : un site léger, à votre nom, avec vos horaires, votre adresse et ce que vous proposez. Voir la création de sites web par iatko.

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