#SÉCURITÉ 02/11/2026

Objets connectés : ce que votre maison dit de vous

Avatar de Rémy Rémy K.

Il est dix-neuf heures. Vous demandez la météo à l'enceinte du salon, l'aspirateur robot termine le couloir, la télé vous propose de reprendre votre série là où vous l'aviez laissée. Une soirée ordinaire, sauf que chacun de ces appareils est connecté à internet et que chacun, à sa façon, raconte quelque chose de vous à quelqu'un.

Pas besoin de tout débrancher pour autant. Mieux vaut savoir ce qui sort réellement du logement, vers qui, et connaître les quelques réglages qui réduisent la collecte sans renoncer au confort.

 

L'enceinte qui écouterait tout : la rumeur et les faits

Un tiers des Français dispose désormais d'une enceinte connectée, et près d'un sur deux d'au moins un objet connecté, selon le Baromètre du numérique 2026. Et avec l'enceinte, la même question revient à chaque repas de famille : est-ce qu'elle écoute tout ce qui se dit, en permanence ?

La réponse de la CNIL est précise, et elle va à rebours de l'idée reçue : l'enceinte est en permanence à l'écoute du mot-clé, mais, en principe, elle n'enregistre rien et ne procède à aucune opération tant qu'elle ne l'a pas entendu. Le micro guette « Alexa » ou « OK Google » en local, et ne garde pas le reste.

C'est un peu comme quelqu'un qui somnole dans la pièce d'à côté. Il n'écoute pas votre conversation, il dort. Mais prononcez son prénom, et le voilà dans l'encadrement de la porte. Et parfois, il se lève pour rien, parce qu'un mot de la discussion ressemblait à son prénom.

On parle alors de fausse activation. Un mot de la conversation ressemble au mot-clé, et hop, l'appareil s'active et enregistre un échange qui ne lui était pas destiné. La CNIL précise que ces extraits peuvent ensuite être écoutés par des salariés ou des prestataires du fabricant, en vue d'améliorer le service. Sur la même page, elle donne les parades : privilégier un appareil doté d'un bouton physique de coupure du micro, ou une activation par pression plutôt que par la voix, et couper le micro quand on ne s'en sert pas.

 

Ce qu'on lui confie volontairement pèse plus lourd

Fin 2024, sur une place de La Roche-sur-Yon, la CNIL a invité des passants à discuter avec un assistant vocal prénommé Germain. En réalité, c'est un agent de la CNIL caché à proximité qui leur répondait, et les participants lui ont confié de nombreuses données personnelles, parfois sans s'en rendre compte. L'un d'eux raconte : « quand l'IA s'est présentée et m'a demandé mon prénom, je lui ai répondu naturellement ».

Personne n'avait rien volé à ces passants. Ils avaient tout donné, parce que l'échange ressemblait à une conversation humaine, avec ses habitudes de politesse. C'est le point que les débats sur le micro font oublier : prénom, horaires, projets, santé, humeur du jour, tout ce qu'on dit à voix haute à un assistant après son activation part chez le fabricant, en toute légalité, puisqu'on le lui a dit.

Parlez à l'assistant comme à un guichet, pas comme à un confident. La météo, une minuterie, la musique ou la liste de courses, oui ; le reste n'a pas besoin d'être prononcé devant un micro.

 

Le tour du logement : qui collecte quoi, et le réglage qui compte

L'enceinte n'est pas la seule à communiquer. Voici les autres habitants connectés du logement, ce qu'ils envoient, et le geste utile pour chacun :

• Le téléviseur connecté. Il représentait déjà 67 % des téléviseurs vendus en 2018, et la CNIL liste ce qu'il peut collecter : les programmes regardés, chaînes classiques comme vidéo à la demande, les autres objets connectés du réseau domestique, et qui regarde quand des profils existent. Le geste : ne renseigner que le strict nécessaire à la première installation, et désactiver ou occulter micro et caméra quand l'appareil en possède.

• La caméra de surveillance. Elle envoie des images de chez vous vers une application, parfois vers un service d'alerte. Un particulier ne peut filmer que l'intérieur de sa propriété, jamais la voie publique, même pour garder un œil sur sa voiture garée devant. Le geste : orienter le champ vers votre seule propriété, et prévenir de la présence de la caméra toute personne qui travaille chez vous, nounou ou aide à domicile.

• L'aspirateur robot. Il cartographie votre logement, c'est sa façon de faire son boulot. En 2017, la rumeur d'une vente des plans de maisons par le fabricant des Roomba a fait le tour du monde, au point que son PDG a dû démentir publiquement et que Reuters a corrigé son article : il s'agissait d'un partage optionnel, soumis au consentement du client. Moins connue, une étude de 2020 a montré qu'un robot pouvait reconstituer des sons diffusés dans la pièce, jusqu'à des chiffres prononcés par un haut-parleur, en lisant avec son capteur de navigation les vibrations d'une poubelle, sans le moindre micro. Encore fallait-il avoir piraté le robot au préalable. Le geste : appliquer les mises à jour, qui ferment justement ce genre de porte.

• La montre et le bracelet d'activité. Un compteur de pas n'est pas forcément une donnée de santé au sens juridique. La CNIL explique que tout dépend de la nature des données et de leur croisement avec d'autres informations : un poids peut suffire à lui seul, s'il révèle une obésité, tandis que nombre de pas, sommeil et fréquence cardiaque, mis bout à bout, finissent par dessiner un état de santé. Le geste : dans l'application, refuser les partages avec des partenaires qui ne servent pas la fonction de base.

• Le thermostat et les compteurs communicants. Le modèle existe déjà pour Linky et Gazpar : la consommation détaillée, heure par heure, n'est en règle générale collectée qu'avec l'accord de l'abonné. Exception récente, un décret d'avril 2026 autorise Enedis à la collecter sans cet accord chez un échantillon de foyers participant à une expérimentation du tarif réglementé, jusqu'en octobre 2027. La transmission de ces données à des sociétés tierces à des fins commerciales demande un accord distinct, que l'on peut retirer à tout moment depuis son espace client. Le geste : faire de même dans l'application de votre thermostat, en refusant la transmission à des tiers quand le réglage existe.

• Le robot de cuisine. Le plus surprenant de la liste. La CNIL signale qu'un micro présent dans l'appareil mais inactif à l'achat peut être activé plus tard par une simple mise à jour du fabricant, sans que vous en soyez forcément informé. Le geste : vérifier dans la notice si un micro existe, et s'il peut être coupé.

 

Trois réflexes qui protègent toute la maison

En 2019, des parents découvrent qu'une voix parle à leur fille de trois ans à travers le baby-phone de sa chambre, et que la caméra change d'orientation toute seule. Un pirate avait pris le contrôle de l'appareil à distance, raconte cybermalveillance.gouv.fr. L'histoire est glaçante. Ce genre d'intrusion se prévient pourtant, et les précautions tiennent en trois lignes.

• Changer les mots de passe par défaut. C'est l'un des premiers conseils de cybermalveillance.gouv.fr sur les objets connectés : remplacer dès l'installation le mot de passe d'usine par un autre, unique et solide, rangé dans un gestionnaire.

• Appliquer les mises à jour sans traîner. Elles corrigent les failles connues, celles-là mêmes qui permettent de prendre le contrôle d'un appareil comme l'aspirateur évoqué plus haut.

• Donner le minimum à l'installation. Une adresse mail dédiée aux objets connectés plutôt que votre adresse principale, les champs facultatifs laissés vides, l'accès aux contacts et à la position refusé quand la fonction n'en a pas besoin.

 

Ce que votre maison n'est pas obligée de dire

Un jour ou l'autre, un nouvel appareil connecté entrera chez vous. Ce jour-là, vous saurez où regarder : le bouton du micro, les champs facultatifs de la première configuration, la page des consentements dans l'application. Quand il écoute, vous le savez désormais. Ce qu'il raconte de vous dépend surtout de ce que vous le laissez dire, et là-dessus, vous avez la main.

Cette habitude de couper plutôt que d'ajouter, nous l'appliquons d'abord à nous-mêmes : iatko.com ne charge aucun traceur tiers et ne gagne rien sur vos données. C'est ce qui nous laisse libres, quand nous venons régler l'enceinte, la télé ou la caméra d'un salon, de vous conseiller un micro coupé et un partage refusé plutôt qu'un boîtier de plus. Ce tour des réglages se fait à domicile, que le logement compte un seul objet connecté ou quinze. Faire régler vos objets connectés.

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