#INFORMATIQUE 22/09/2026

Disque dur de 1 To : pourquoi votre PC n'affiche que 931 Go ?

Avatar de Rémy Rémy K.

Vous venez de brancher un disque dur tout neuf. Sur la boîte, en gros caractères : 1 To. Vous ouvrez l'explorateur de fichiers, et Windows annonce 931 Go. Premier réflexe : relire la boîte. Deuxième réflexe : chercher la facture. Où sont passés les 69 Go manquants ?

Bonne nouvelle : nulle part. Ils n'ont jamais existé, et personne ne vous a rien pris. Ce que vous avez sous les yeux, c'est une vieille querelle d'unités que l'informatique traîne depuis ses débuts : deux façons de compter les mêmes octets cohabitent, et votre PC n'a pas choisi la même que le fabricant. On vous raconte l'histoire, chiffres et procès à l'appui, et on termine par le plus utile : savoir quand un écart est normal, et quand il mérite un coup d'oeil.

 

1. Deux façons de compter les mêmes octets

Le fabricant compte comme tout le monde : en base 10. Pour lui, 1 To, c'est mille milliards d'octets, comme un kilomètre fait mille mètres. Votre ordinateur, lui, a grandi dans un monde qui compte en base 2, celle des puces mémoire. L'informatique a donc pris très tôt l'habitude d'arrondir à sa façon : un "kilo" valait 1024 octets, un "méga" valait 1024 kilos, et ainsi de suite. Deux logiques, deux résultats, et une confusion devenue si gênante que la Commission électrotechnique internationale a fini par créer des unités dédiées en décembre 1998 : le kibioctet, le mébioctet, le gibioctet et le tébioctet. Dans ce système, un gibioctet vaut exactement 1 073 741 824 octets, là où le gigaoctet officiel vaut 1 milliard tout rond.

Le reste est une simple division. Windows prend les mille milliards d'octets de votre disque, les découpe en paquets de 1 073 741 824, et en trouve 931. Il affiche donc "931 Go", alors qu'il s'agit en toute rigueur de 931 gibioctets. La question revient si souvent que Seagate lui consacre une page de support entière : oui, un disque de 1 To affiche environ 931 gigaoctets sous Windows, c'est mathématiquement attendu, et l'industrie du stockage a choisi le comptage décimal comme étalon d'affichage commercial.

C'est un peu comme débarquer du ferry en Angleterre : les panneaux passent en miles, le chiffre diminue, et pourtant la route n'a pas raccourci d'un mètre. Votre disque, c'est pareil. Tous les octets promis sont bien là.

 

2. Windows le sait très bien, et il assume

On pourrait croire à un oubli, une vieille ligne de code que personne n'aurait dépoussiérée. Pas du tout. En 2009, Raymond Chen, ingénieur Microsoft de longue date, a expliqué sur un blog officiel de l'entreprise pourquoi l'explorateur affiche toujours "KB" et "GB" plutôt que les unités binaires officielles : parce que personne d'autre ne les utilise. Selon lui, toute l'industrie informatique a ignoré la recommandation de la CEI, et afficher "kibioctet" reviendrait à présenter aux utilisateurs une information sous une forme qu'ils ne comprennent pas. L'explorateur suit l'usage, pas la norme.

Apple a fait le choix inverse, mais pas depuis toujours. La page officielle d'Apple sur la capacité de stockage rappelle que ses anciens systèmes, OS X Leopard et versions antérieures ainsi que iOS 10 et versions antérieures, mesuraient eux aussi en binaire, avant que la marque ne bascule vers l'affichage décimal : 1 Go vaut un milliard d'octets, 1 To mille milliards, et la même page précise qu'en comptage binaire, 1 To vaudrait 1 099 511 627 776 octets. Les possesseurs de Mac ont donc "gagné" des gigaoctets à l'écran en changeant de système, sans qu'un seul octet ait été ajouté à leur disque.

D'où une situation cocasse : le même disque externe affiche 1 To sur un Mac récent et environ 931 Go sous Windows. Les deux machines disent vrai. Elles ne parlent simplement pas la même langue.

 

3. Oui, il y a eu des procès

Si vous avez froncé les sourcils en découvrant vos 931 Go, consolez-vous : des consommateurs américains sont allés jusqu'au tribunal pour la même raison. Au milieu des années 2000, deux des plus grands fabricants de disques durs ont été visés par des actions collectives sur exactement ce grief :

Western Digital, 2006. Une action collective reprochait à un disque vendu pour 80 Go de n'en offrir que 74,4 une fois compté en binaire, soit environ 7 % de moins. L'affaire s'est réglée à l'amiable, avec un logiciel offert à environ un million de clients.

Seagate, 2007. Même grief, même écart d'environ 7 %, et un accord amiable proposant aux acheteurs américains un remboursement équivalent à 5 % du prix net payé, ou un logiciel de sauvegarde selon la date d'achat.

Ce qu'il faut retenir de ces deux affaires, c'est leur issue. Ni condamnation ni aveu : les deux fabricants ont contesté les accusations et préféré l'accord amiable à un long procès. La dépêche de l'époque apporte d'ailleurs une précision qui vaut le détour : la plupart des fabricants de disques durs avertissaient déjà sur leurs emballages que la capacité annoncée pouvait ne pas être entièrement accessible, et le règlement a surtout obligé Western Digital à afficher une mention semblable.

 

4. Les gigaoctets qui disparaissent pour de vrai

La conversion d'unités explique l'essentiel de l'écart, mais pas tout. Une petite part de votre disque est réellement consommée avant même que vous n'y déposiez le moindre fichier.

Sur un PC Windows récent, les spécifications de Microsoft destinées aux fabricants imposent plusieurs partitions invisibles : une partition de démarrage d'au moins 200 Mo, une partition réservée de 16 Mo, et une partition de récupération d'au moins 300 Mo, dont l'image de secours pèse généralement entre 500 et 700 Mo. Le système de fichiers garde encore quelques mégaoctets pour sa propre tenue de comptes. Mis bout à bout, comptez grosso modo un gigaoctet mobilisé pour la bonne marche de la machine. Apple annonce la même chose sur ses emballages avec la formule "La capacité formatée réelle est moindre" : le formatage et le système d'exploitation utilisent une partie de l'espace, indépendamment de la querelle des unités.

Rien d'inquiétant là-dedans : ces zones servent à démarrer, réparer et restaurer votre ordinateur le jour où il tousse. C'est simplement de l'espace investi.

 

5. Ce qui est normal, ce qui doit alerter

Pour finir, un petit aide-mémoire à garder en tête devant les propriétés d'un disque :

1 To qui affiche 931 Go : normal. C'est la conversion entre les deux systèmes de comptage, rien d'autre. Le compte est bon.

Quelques gigaoctets de moins que prévu : normal aussi. Partitions système, image de récupération, formatage : la machine se garde une petite réserve pour fonctionner et se réparer.

Une capacité très inférieure à l'étiquette : à vérifier. Un disque de 1 To qui ne montre que 500 Go, ce n'est plus une histoire d'unités. Le plus souvent, une partie du disque est simplement restée inutilisée lors d'une installation ou de la copie d'un ancien disque, et attend d'être activée. Là, un diagnostic s'impose.

Un disque plein sans raison apparente : à examiner. Ce n'est pas non plus la faute des unités. Sauvegardes accumulées, fichiers en double, corbeille oubliée, dossiers de téléchargement : la place se retrouve, encore faut-il savoir où chercher.

 

Conclusion

La prochaine fois que Windows vous annoncera 931 Go, vous pourrez sourire : vous savez maintenant que le compte est bon, que Microsoft assume son étiquette, qu'Apple a fini par changer de méthode de calcul, et que des tribunaux se sont penchés sur la question avant vous. Et devant l'étiquette d'un disque neuf, vous saurez exactement quoi lire : la capacité promise est bien là, à la petite réserve près que le système garde pour fonctionner.

Chez iatko, nous traitons ces questions de stockage toutes les semaines : choisir la bonne capacité au moment de l'achat, retrouver où part la place quand un disque se remplit, et remplacer ou agrandir un disque arrivé à saturation. Si votre ordinateur affiche complet ou si vous hésitez devant un rayon de disques durs, n'hésitez pas à nous contacter.

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