#INFORMATIQUE 12/10/2026

Bug, souris, corbeille : d'où viennent les mots de l'informatique ?

Avatar de Rémy Rémy K.

Quand votre ordinateur fait des siennes, vous dites qu'il y a un bug. Pour supprimer un fichier, vous le faites glisser dans la corbeille, et pour ouvrir un programme vous prenez la souris et cliquez sur une icône de votre bureau. Aucun de ces mots n'a été inventé pour l'informatique.

Pour nommer des choses nouvelles, on a presque toujours emprunté un mot qui existait déjà, souvent celui d'un objet qu'on avait sous la main. Voici l'histoire de quelques-uns de ces mots que vous utilisez sans y penser.

 

Bug, un mot plus ancien que l'ordinateur

Le 9 septembre 1947, à l'université Harvard, l'équipe qui fait tourner le calculateur Mark II cherche l'origine d'une panne. Elle finit par trouver un papillon de nuit coincé dans un relais. L'insecte est collé avec du ruban adhésif dans le journal de bord, accompagné de cette note : « First actual case of bug being found » (« premier cas avéré de bug trouvé »). Cette page est aujourd'hui conservée, papillon compris, au musée national d'histoire américaine, à Washington.

On lit souvent que cet épisode est à l'origine du mot, et que c'est Grace Hopper, pionnière de la programmation, qui a trouvé l'insecte. Rien ne prouve pourtant que la note soit de sa main ; elle a surtout raconté l'anecdote à de nombreuses reprises par la suite. Et la note elle-même montre que le mot circulait déjà : si les ingénieurs s'amusent à parler de « premier cas avéré », c'est qu'ils employaient « bug » depuis longtemps au sens figuré.

Thomas Edison s'en servait dès 1878. Dans sa correspondance, il appelle ainsi les petits défauts qui apparaissent pendant la mise au point de ses inventions. En anglais, « bug » désigne un insecte, et l'image se comprend facilement : une bestiole s'est glissée dans la machine et l'empêche de fonctionner.

Il arrive d'ailleurs qu'on garde un mot dont l'image d'origine a disparu. Vous dites que vous allez raccrocher alors que votre téléphone n'a plus de crochet depuis longtemps.

En français, le terme recommandé est « bogue ». Il a été publié au Journal officiel, qui le définit comme un défaut de conception ou de réalisation d'un logiciel, mais il n'a jamais vraiment remplacé l'anglais dans l'usage courant.

 

La souris et sa queue

La première souris ne ressemblait pas à grand-chose : un boîtier en bois, deux petites roues dessous et un seul bouton. Elle a été fabriquée en 1964 par Bill English, ingénieur au Stanford Research Institute (SRI), pour l'équipe de Douglas Engelbart, qui cherchait un moyen simple de désigner un point sur un écran.

Le brevet, déposé en 1967, la décrit comme un « indicateur de position X-Y pour un système d'affichage ». Le mot souris n'y apparaît pas. Au laboratoire, pourtant, tout le monde l'appelait comme ça. Engelbart l'a expliqué plus tard : avec son fil qui sortait à l'arrière, l'appareil faisait penser à une souris avec sa queue, et le surnom est resté.

Les dictionnaires donnent aujourd'hui les deux sens à la suite, le petit rongeur et le boîtier qu'on fait glisser sur la table. Personne n'utilise le nom du brevet.

 

Le bureau et la corbeille, copiés sur une vraie table de travail

Au début des années 1970, des chercheurs de Xerox travaillent à Palo Alto, en Californie, sur une question très concrète : comment rendre un ordinateur utilisable par quelqu'un qui n'a jamais programmé ? Leur idée a été de reproduire à l'écran ce que tout le monde connaît, une table de travail avec des documents, des dossiers et une poubelle. Selon Xerox, le glisser-déposer, les fenêtres, les icônes et les menus sont nés de ce principe.

Xerox tenait suffisamment à son icône de corbeille pour en faire protéger le dessin par un brevet, obtenu en 1988. Le Computer History Museum, aux États-Unis, considère le travail de ces chercheurs comme l'acte de naissance de l'interface à fenêtres, icônes, menus et pointeur que nous utilisons tous. Le grand public l'a découverte avec le Macintosh d'Apple, en 1984.

Le mot « bureau » avait lui-même beaucoup voyagé. Il vient de la bure, une étoffe de laine grossière. Il a d'abord désigné le tapis de bure posé sur la table où l'on faisait les comptes, puis la table elle-même, puis la pièce où elle se trouvait, et enfin tout un service administratif. La corbeille était à l'origine un panier (le mot vient du latin corbicula, « petit panier ») avant de devenir l'endroit où vont vos fichiers supprimés.

 

Le presse-papiers et le curseur

Deux autres mots viennent d'objets qu'on ne voit presque plus.

Le presse-papiers est d'abord un objet lourd qu'on posait sur une pile de feuilles pour qu'elles ne s'envolent pas. Sur l'ordinateur, c'est l'espace invisible où est gardé ce que vous venez de copier, en attendant que vous le colliez ailleurs.

Le curseur vient du latin cursor, « celui qui court ». Avant les écrans, c'était la petite pièce mobile qui coulisse le long d'un instrument gradué, par exemple sur une règle à calcul. Le petit trait qui clignote dans votre traitement de texte et avance au fil de la frappe a hérité de ce nom.

 

Un bon réflexe face au jargon

Ces anecdotes ont aussi un intérêt pratique. Beaucoup de mots de l'informatique qui semblent compliqués désignent en fait un objet ordinaire, imité pour que la machine paraisse moins étrangère. Les fichiers et les dossiers viennent du classement des papiers, la page d'accueil évoque l'entrée d'une maison.

Quand un mot vous échappe, demandez-vous quel objet il imite : la réponse aide en général à comprendre à quoi sert la chose. Tous les termes ne s'y prêtent pas. Des sigles comme DNS ou API n'évoquent rien de concret, et pour ceux-là, le plus simple est de demander qu'on vous les explique.

 

Des mots pensés pour être compris

Les mots de l'informatique ont le plus souvent été choisis par des gens qui voulaient rendre une technologie nouvelle plus facile à saisir. Vous connaissez presque tous les objets dont ils viennent.

Chez iatko, c'est aussi notre façon de travailler, en dépannage comme en formation : on explique avec des mots simples, on prend le temps de nommer les choses, et on ne considère jamais que vous devriez déjà savoir. Si votre ordinateur vous pose problème ou si vous voulez apprendre à mieux vous en servir, contactez-nous.

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