#INFORMATIQUE 01/09/2026

Encre d'imprimante : pourquoi elle coûte si cher, et comment payer moins

Avatar de Rémy Rémy K.

Soixante euros l'imprimante, en promotion. Vous l'aviez prise sans trop réfléchir, elle fait le travail. Deux ans plus tard, vous voilà au rayon des consommables, le lot de cartouches d'origine dans la main : quarante-cinq euros. Presque le prix de la machine. Et cette question qui monte : comment quelques millilitres d'encre peuvent-ils coûter aussi cher ?

La réponse courte : parce que le secteur est construit comme ça, et depuis longtemps. La réponse utile : parce que vous regardez le prix de la cartouche, alors que le seul chiffre qui compte est le coût à la page. On vous explique comment le lire, et on passe trois idées reçues à l'épreuve des faits.

 

1. Le coût à la page, le seul chiffre qui compte

Chaque cartouche affiche un rendement : le nombre de pages qu'elle est censée imprimer. Ce chiffre n'est pas sorti du service marketing, il est mesuré selon des normes internationales (ISO/IEC 22505 et 24711 pour le jet d'encre, selon que l'imprimante est monochrome ou couleur), avec des documents types et une méthode identiques pour tous les fabricants. Divisez le prix de la cartouche par ce rendement, et vous obtenez le coût à la page. C'est lui qui permet de comparer.

C'est un peu comme le prix au kilo, affiché en tout petit sur les étiquettes du supermarché. Le paquet le moins cher du rayon est rarement le moins cher au kilo, et sans cette petite ligne, impossible de s'en apercevoir. Pour l'encre, la petite ligne existe aussi. Simplement, personne ne la regarde.

Un bémol : le rendement annoncé est mesuré en conditions normalisées, et la vie réelle imprime autrement. L'étude préparatoire de la Commission européenne sur l'écoconception des imprimantes, publiée en 2024, relaie sur ce point une donnée transmise par une partie prenante du secteur : un suivi de 370 871 cartouches jet d'encre utilisées par 51 clients, où les cartouches d'un fabricant ont atteint en moyenne 64 % de leur rendement annoncé, celles d'un autre 78 %. Votre coût à la page réel peut donc dépasser le calcul de l'étiquette d'un quart, voire de plus de moitié. L'ordre de grandeur, lui, reste bon.

Le prix qui compte n'est pas celui de la boîte, c'est celui de la page.

 

2. Non, la cartouche compatible ne fait pas sauter la garantie

C'est l'idée reçue la plus répandue, et elle arrange bien du monde. La loi dit l'inverse : pendant deux ans, tout défaut qui apparaît sur un appareil neuf est présumé exister depuis l'achat, et c'est au vendeur de prouver le contraire (article L217-7 du code de la consommation). Un mot compte ici : cette garantie vise le vendeur, celui qui a encaissé le paiement, pas le fabricant. Quoi qu'écrive le constructeur dans sa propre garantie commerciale, la garantie légale s'impose au vendeur pendant deux ans. Brother, par exemple, pose noir sur blanc que sa garantie à lui ne s'applique pas si le défaut provient de l'"emploi de consommables ou d'accessoires autres que ceux fabriqués et commercialisés par BROTHER" : c'est son droit, et cela ne change rien à ce que le vendeur vous doit. Une panne ne peut donc pas vous être imputée au seul motif que vous n'avez pas mis d'encre d'origine. L'UFC-Que Choisir le rappelait déjà en 2008 : "le fabricant n'a pas le droit de refuser sa prise en charge au titre de la garantie au seul prétexte que vous n'avez pas utilisé des cartouches d'origine". Ce flou n'a d'ailleurs rien de propre aux imprimantes : dans la téléphonie, les téléviseurs et l'électroménager, une enquête de la répression des fraudes menée en 2023 et rendue publique en février 2026 a relevé des manquements sur l'information relative aux garanties dans 38 des 83 établissements contrôlés : information précontractuelle insuffisante, garantie légale invisibilisée, confusion entretenue entre garanties commerciales et garanties constructeurs.

Faut-il pour autant foncer sur les compatibles ? Pas si vite, car elles ont un vrai défaut, pointé dès 2008 par la même UFC-Que Choisir : leurs fabricants n'ont pas accès aux spécifications des têtes d'impression, comme la quantité d'encre envoyée à chaque passage. Ils s'adaptent après coup, et le résultat est plus aléatoire d'une référence à l'autre. Les constructeurs ne les aident pas : référence de cartouche changée à presque chaque nouveau modèle, puces électroniques modifiées régulièrement, précisément pour leur compliquer la tâche.

La compatible ne vous coûtera pas la garantie. Sa régularité, elle, n'est garantie par personne.

 

3. Laser, jet d'encre, réservoir : qui gagne vraiment ?

Deuxième idée reçue : le laser coûterait bien moins cher à la page. Sur ce point, les chiffres sont clairs, c'est vrai. L'étude européenne a chiffré des cas types, chacun représentant le produit moyen de son segment : autour de 1,4 centime la page pour une cartouche de toner, contre plus de 8 centimes pour une cartouche jet d'encre. Près de six pour un, un écart que l'étude relie d'abord à la capacité des cartouches, très faible pour le petit format jet d'encre retenu, plus qu'à la technologie. Des cas théoriques, pas votre imprimante : chez vous le chiffre variera, l'écart, lui, est trop large pour être un accident.

Alors, tous au laser ? Pas forcément. Ce que la machine vous coûtera de plus à l'achat devra se rattraper page après page : pour quelques impressions par mois, la jet d'encre déjà posée sur le bureau peut rester le choix raisonnable. Le calcul se fait sur des années : prix de la machine, plus prix des pages réellement imprimées.

Et une troisième voie rebat les cartes : les systèmes à réservoir, ces imprimantes jet d'encre qu'on recharge au flacon, sans cartouche. La même étude relaie des coûts d'usage éloquents : moins de 5 euros d'encre par an pour certains modèles à réservoir, contre jusqu'à 115 euros pour des cartouches comparables. Là encore, tout dépend du prix de la machine et du volume qui suivra. Mais quand le volume est là, c'est le réservoir qui gagne le concours, pas le laser.

La bonne question n'est pas "laser ou jet d'encre", c'est "combien de pages par mois".

 

4. La cartouche "vide" ne l'est pas vraiment

Troisième idée reçue : quand l'imprimante réclame une cartouche neuve, c'est que l'ancienne est finie. Le document européen raconte autre chose. Une partie prenante consultée par l'étude indique que par défaut, les imprimantes affichent le message de niveau bas quand il reste encore 20 % d'encre ou de toner, parfois davantage. Et les auteurs de l'étude ont visité eux-mêmes des centres de collecte et de reconditionnement : beaucoup de cartouches qui y arrivent comme "vides" ne le sont pas.

Le même document cite une expérience menée en entreprise : 4 750 imprimantes et copieurs sous contrat de maintenance, suivis pendant six mois. Résultat, 14 % de toner gaspillé en moyenne par des remplacements trop précoces, un gaspillage réduit de 85 % une fois les remplacements pilotés d'après l'usage réel constaté. Un parc professionnel, pas votre bureau. Mais l'étude précise qu'en dehors de ces contrats, faute d'information sur ce qui reste vraiment dans la cartouche, la situation peut être pire encore.

Le réflexe ne coûte rien : au premier message, continuez d'imprimer, gardez une cartouche d'avance dans le tiroir, et ne remplacez que lorsque la qualité baisse visiblement.

Le message de niveau bas est une information, pas un ordre.

 

5. L'abonnement d'encre : lisez la clause avant de signer

L'encre se vend désormais aussi par abonnement : un forfait mensuel de pages, les cartouches arrivent par la poste. Chez HP, par exemple, les forfaits Instant Ink allaient, sur la grille relevée en août 2026, de 1,79 € par mois pour 10 pages à 31,99 € pour 700 pages, encre, expédition et recyclage compris. Pour qui imprime un volume régulier et prévisible, le calcul peut être bon.

Mais la contrepartie est écrite noir sur blanc dans les conditions du service, que peu de gens lisent avant de signer : à la résiliation, HP désactive à distance les cartouches d'abonnement, même si elles sont encore pleines. Et si l'imprimante n'est plus connectée à internet, les cartouches d'abonnement "seront désactivées et vous ne pourrez pas les utiliser pour imprimer ; cependant, Vous continuerez à être facturé pour le service", indique le contrat mot pour mot, dans sa version de novembre 2025. Vous n'en gardez pas l'usage : vous louez un droit d'imprimer. Ces clauses-là sont celles de HP, mais la question à poser vaut pour n'importe quel fournisseur : que devient l'encre déjà livrée si vous arrêtez, et que se passe-t-il le jour où la connexion tombe ?

 

6. Trois gestes qui font baisser la facture

Quel que soit votre matériel, quelques habitudes réduisent la consommation :

Imprimez régulièrement. Les buses des têtes d'impression s'encrassent avec la poussière et l'encre séchée. Plus les impressions sont espacées, plus la machine lance des nettoyages rigoureux, qui consomment davantage d'encre, HP le documente lui-même. Une page de temps en temps coûte moins cher que les grands nettoyages qu'impose une imprimante restée muette des semaines.

Passez en mode brouillon. Pour les documents de travail, les listes, les billets de train, le mode brouillon utilise moins d'encre que le mode normal, au prix d'une qualité moindre qui suffit à l'usage interne. Gardez le mode normal pour ce qui sort de chez vous.

Faites le calcul avant d'acheter l'imprimante. Le bon moment pour économiser sur l'encre, c'est le jour où l'on choisit la machine : prix de la cartouche divisé par le rendement annoncé, pour chaque modèle en lice. Deux minutes avec la calculatrice du téléphone, au rayon même.

 

L'imprimante n'a jamais été le produit

Rien de tout cela ne fera baisser le prix des cartouches. Mais le regard change : tout se passe comme si la machine vendue une bouchée de pain n'était qu'un ticket d'entrée, et le vrai produit, ce qu'elle consommera pendant des années. Les références qui changent, les messages de niveau, les abonnements : tout prend sa place dans cette lecture, et c'est elle, bien plus que l'étiquette en promotion, qui décidera de votre prochain achat.

Et votre imprimante à vous, dans tout ça : à garder, à mieux régler, ou à remplacer par une machine qui coûtera moins à la page ? Nous faisons ce calcul avec vous, sur vos volumes réels, à domicile ou à distance, et le prix est connu avant l'intervention : consulter les tarifs iatko.

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