Effacer ses données avant de vendre son ordinateur : la bonne méthode
Votre ordinateur portable a trouvé preneur sur un site de petites annonces. Avant de le remettre à son nouveau propriétaire, vous faites le ménage : les photos à la corbeille, les documents personnels supprimés, la corbeille vidée. Pour être tranquille, vous lancez même un formatage rapide. L'écran affiche un disque vide. Sauf que ce vide est une illusion.
Un ordinateur qu'on revend, un téléphone qu'on donne à un ado de la famille, une vieille tour qu'on dépose en déchetterie : on se sépare de ses appareils bien plus souvent qu'on ne le croit. Cet article explique ce qui reste réellement sur un disque après une suppression, pourquoi un SSD ne se comporte pas comme un disque dur classique, ce que valent les réinitialisations intégrées à Windows, macOS, Android et iOS, et comment ajuster l'effort selon que vous vendez, donnez ou recyclez.
1. Supprimer n'est pas effacer
Quand vous supprimez un fichier puis videz la corbeille, le système ne détruit pas son contenu. Il retire simplement la référence du fichier dans son index et marque l'emplacement comme disponible. Les données, elles, restent physiquement sur le disque tant que rien n'est venu s'écrire par-dessus. L'Office québécois de la langue française fait d'ailleurs la distinction : les informations supprimées demeurent récupérables tant qu'elles n'ont pas été remplacées par d'autres, alors que les informations effacées le sont de manière définitive.
C'est un peu comme retirer la fiche d'un livre du catalogue d'une bibliothèque. Le livre ne ressort plus dans aucune recherche, sa place est officiellement libre, mais il est toujours sur l'étagère. Quelqu'un qui prend le temps de longer les rayons finira par tomber dessus.
Le formatage rapide ne fait pas beaucoup mieux : il reconstruit l'index à neuf, il ne repasse pas derrière chaque donnée. La CNIL le dit sans détour : en pratique, il est difficile de supprimer complètement toutes les données présentes d'un disque dur.
Un disque qui semble vide est un disque qui a perdu son sommaire, pas son contenu.
2. Disque dur ou SSD : le même geste, pas le même résultat
Pour effacer au sens fort, la méthode historique consiste à réécrire l'intégralité du disque, en recouvrant chaque emplacement par des données sans intérêt. Sur un disque dur classique (le modèle mécanique, avec des plateaux qui tournent), cela fonctionne bien, avec une réserve : l'ANSSI, l'agence française de la sécurité informatique, rappelle dans son guide sur le reconditionnement (un guide en PDF) que les secteurs défectueux mis de côté par le disque au fil de sa vie conservent leurs données et échappent à cette réécriture.
Sur un SSD (un stockage en mémoire flash, sans pièce mécanique), c'est plus subtil. Le disque embarque davantage de cellules mémoire qu'il n'en annonce au système, et les fait tourner pour répartir l'usure. Résultat, toujours selon le même guide de l'ANSSI : une réécriture complète lancée depuis le système ne garantit pas que toutes les cellules ont été traitées. Des fragments peuvent survivre dans des zones que le système ne voit même pas.
Faut-il en conclure que rien ne marche ? Pas de panique. Récupérer ces restes demande des compétences, du temps et de l'outillage : ce n'est pas à la portée de l'acheteur moyen d'un ordinateur d'occasion.
Il existe malgré tout un outil taillé pour ces zones invisibles : la commande d'effacement sécurisé intégrée au disque lui-même, qu'on déclenche depuis le logiciel du fabricant (chez Samsung, Magician et sa fonction "Effacer en toute sécurité"). Elle est exécutée par le disque et non par le système, ce qui lui donne accès aux cellules que celui-ci ne voit pas : l'ANSSI range d'ailleurs les outils fournis par le fabricant du disque parmi les méthodes d'effacement sécurisé. Une réserve, et elle est instructive : tous les SSD ne proposent pas cette commande, et ceux qui la proposent l'exécutent le plus souvent en chiffrant les données en interne, puis en effaçant la clé.
Ce qu'on ne peut pas effacer jusqu'à la dernière cellule, on peut le rendre illisible.
3. Le chiffrement change tout
Le moyen d'y parvenir, c'est le chiffrement du disque. Quand un disque est chiffré, tout ce qui s'y écrit est illisible sans la clé de déchiffrement. Pour rendre l'ensemble définitivement inaccessible, inutile de réécrire des centaines de gigaoctets : il suffit de détruire la clé. C'est ce que l'ANSSI appelle l'effacement cryptographique, dit "par perte de clé" : on efface quelques dizaines d'octets, et tout le reste devient illisible pour de bon. C'est ce mécanisme qui rend la réinitialisation d'un téléphone ou d'un Mac récent à la fois rapide et fiable.
Bonne nouvelle : sur beaucoup d'appareils récents, ce chiffrement est déjà en place, parfois sans que vous le sachiez.
• Sur Mac. Apple indique que sur les Mac dotés d'une puce Apple ou d'une puce de sécurité T2, les données sont chiffrées automatiquement. Activer FileVault ajoute une couche en plus : personne ne peut y accéder sans votre mot de passe.
• Sous Windows. Le chiffrement de l'appareil existe aussi, y compris en édition Famille, mais avec une condition méconnue : il ne s'active automatiquement que si vous vous connectez avec un compte Microsoft. Avec un simple compte local, il ne l'est pas. Vous pouvez vérifier dans les Paramètres, rubrique Confidentialité et sécurité, puis Chiffrement de l'appareil. Si l'entrée n'y figure pas, vous n'avez rien raté : certains PC n'ont pas la puce de sécurité (TPM) requise.
Un avertissement contre-intuitif pour finir : chiffrer son disque la veille de le vendre ne règle rien pour le passé. L'ANSSI prévient que chiffrer un disque après coup ne garantit pas que les données écrites avant le chiffrement seront irrécupérables. Tout ce qui a vécu en clair pendant des années reste potentiellement là, dans ces fameux secteurs et cellules de réserve.
Le bon moment pour chiffrer un disque, c'est le premier jour, pas le dernier.
4. Réinitialiser avec les outils du système : ce que ça vaut
Chaque système propose sa fonction de remise à zéro. Voici ce qu'elles valent, appareil par appareil.
• Sous Windows. Passez par "Réinitialiser ce PC" (le bouton s'intitule "Réinitialiser le PC" sous Windows 11), choisissez "Tout supprimer" et activez l'option "Nettoyer les données" : Microsoft précise que c'est l'option à utiliser si vous envisagez de donner, recycler ou vendre votre PC. Le même document reconnaît honnêtement que cette fonction grand public ne répond pas aux normes d'effacement gouvernementales et industrielles. Cet aveu est à remettre à sa place : pour une vente entre particuliers, c'est largement suffisant. Vous ne protégez pas un secret d'État. Dernière étape, presque toujours oubliée : retirer le PC de votre compte Microsoft depuis la page des appareils de votre compte en ligne.
• Sur Mac. La fonction "Effacer contenu et réglages" remet la machine à neuf en s'appuyant sur le chiffrement intégré, et elle nécessite justement une puce Apple ou une puce T2, ainsi que macOS Monterey ou une version ultérieure, donc un Mac relativement récent. Sur un Mac Intel plus ancien qui n'a pas cette puce, la remise à zéro n'offre pas les mêmes garanties : c'est typiquement le cas où un effacement renforcé se justifie.
• Sur Android. Google indique que le rétablissement de la configuration d'usine supprime toutes les données du téléphone. Avant de lancer l'opération, retirez votre compte Google de l'appareil : une protection contre la réinitialisation d'usine, pensée pour décourager le vol, redemande sinon les identifiants de l'ancien compte à la configuration suivante, ce qui bloquerait le nouveau propriétaire. Un point d'histoire : en 2015, des chercheurs de l'université de Cambridge avaient montré que de nombreux téléphones Android de l'époque n'effaçaient pas réellement les données lors d'une remise à zéro. L'étude portait sur des versions très anciennes d'Android (2.3 à 4.3), et la règle a changé depuis : le chiffrement du stockage est obligatoire sur tout appareil lancé sous Android 10 ou une version ultérieure. Un téléphone récent n'est donc plus dans cette situation. Méfiance, en revanche, si vous ressortez un très vieux smartphone d'un tiroir pour le donner.
• Sur iPhone. Le geste tient en trois touchers : Réglages, Général, "Transférer ou réinitialiser l'iPhone", puis "Effacer contenu et réglages". Le chiffrement, lui, n'est pas à activer : Apple indique que définir un code d'accès active automatiquement la protection des données, ce qui fait de cette remise à zéro un effacement cryptographique. Reste le point que l'on oublie le plus souvent : désactivez Localiser avant de céder l'appareil, sinon le verrouillage d'activation réclamera votre mot de passe Apple au nouveau propriétaire, avec le même blocage que sur Android.
Les outils intégrés font bien le travail. L'essentiel est de les utiliser, plutôt que de s'arrêter à la corbeille.
5. Vendre, donner, recycler : le bon niveau d'effort
La CNIL recommande d'effacer ses données dans toutes les situations où l'on se sépare définitivement d'un appareil : vente, don, échange ou mise au rebut. Le niveau d'exigence, lui, peut s'ajuster.
• Vous vendez à un inconnu. C'est le cas qui demande le plus de rigueur : réinitialisation complète avec nettoyage du disque, comptes dissociés, aucune session laissée ouverte. Si le disque a longtemps fonctionné sans chiffrement et a hébergé des données sensibles (comptabilité, dossiers médicaux, copies de papiers d'identité), ajoutez un passage par un logiciel d'effacement dédié : la CNIL cite Eraser du côté des solutions gratuites, et Blancco du côté des solutions certifiées par l'ANSSI, cette dernière s'adressant surtout aux professionnels.
• Vous donnez à un proche. La tentation est grande de tout laisser tel quel. Faites pourtant le même ménage que pour un inconnu. Pas par méfiance : l'appareil, lui, continuera de circuler. Revendu dans deux ans, prêté, volé ou déposé en déchetterie, il emporterait vos données avec lui.
• Vous recyclez ou vous jetez. Un appareil qui part au recyclage passe entre de nombreuses mains : effacez-le comme pour une vente. S'il ne s'allume plus, retirez le disque avant de déposer le reste, et faites-le effacer ou détruire à part. Au passage, un droit méconnu : lors de l'achat d'un appareil neuf, le distributeur doit reprendre gratuitement votre ancien équipement, en magasin ou à la livraison.
On ne choisit pas la vie que mènera un appareil après nous. On choisit ce qu'il emporte.
Conclusion
Retenez la logique plutôt que la technique : supprimer ne fait que masquer, effacer recouvre ou chiffre, et un chiffrement activé dès le premier jour transforme la revente future en simple formalité. Bien se séparer d'un appareil prend moins d'une soirée. C'est peu, comparé aux années de photos, de mails et de papiers qui, sinon, partiraient avec lui.
Chez iatko, nous préparons les appareils avant leur cession : sauvegarde de ce qui compte, effacement fiable des données et transfert de votre environnement vers la nouvelle machine. Si vous vous apprêtez à vendre, donner ou recycler un ordinateur et que vous voulez le faire proprement, n'hésitez pas à nous contacter.